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Elena Ferrante, Celle qui fuit et celle qui reste

SAGA Dans ce troisième tome, Elena Ferrante continue de suivre ses deux héroïnes dans l’histoire de l’Italie contemporaine.


Celle qui fuit et celle qui reste (L’Amie prodigieuse III), d’Elena Ferrante, Traduit de l’italien par Elsa Damien, Gallimard, 480 p., 23 euros
"Attendu par des millions de lecteurs dans le monde, voici enfin le retour des deux figures féminines qu’Elena Ferrante avait, dans les deux volumes précédents, suivies depuis leur enfance et auxquelles sa force narrative permet de traverser la seconde moitié du xxe siècle et les premières années du nouveau avec de plus en plus de présence et de rayonnement.
Lila Cerullo, fille d’un cordonnier, et Elena Greco, fille d’un portier de mairie, sont nées toutes les deux en août 1944 à Naples dans le même quartier populaire assez misérable. De cette ville qui demeure, tout au long des trois volumes, le fond du tableau, la romancière a capté aussi l’histoire en une multitude de personnages joyeux, violents, débrouillards, parfois malhonnêtes, chaleureux, « pauvres mais beaux », qui rappellent les silhouettes de Malaparte et des grands cinéastes italiens. Et de ce milieu, Lina et Elena vont tenter, chacune à sa façon, de s’échapper.
Leurs efforts pour éviter le destin d’une femme du peuple au mitan des années 1950 – celui de l’épouse soumise, résignée, acceptant même d’être battue par son mari comme l’a été sa mère – seront différents. Bien que brillante élève, Lila est obligée, par la volonté de ses parents, d’arrêter sa scolarité avant le collège. Elle accepte le mariage avec Stefano, nouveau riche qu’elle méprise dès le jour de ses noces. Après l’avoir quitté, elle trouve des emplois précaires d’ouvrière, devant subir harcèlement et violence, puis, en 2005, à 66 ans, elle disparaît mystérieusement.
Elena poursuit des études supérieures, publie un premier texte autobiographique, collabore à des journaux. C’est elle, narratrice de L’Amie prodigieuse, qui met en forme leur histoire, raconte leurs vies parallèles pour déchiffrer l’énigme de cette disparition. Le récit est innervé par ce lien affectif, revenant des profondeurs de l’enfance. Elena Ferrante sait restituer l’enchevêtrement des sentiments à travers l’écoulement du temps, le poids des silences, l’obstacle des langues, la société qui change en même temps qu’elles. Son roman capte les enthousiasmes, les utopies, les « révisions déchirantes » qui agitèrent l’Italie, le bouillonnement d’idées après Mai 68.
Pour Elena Greco, la misère n’est pas un mot vide de sens, et pourtant elle ne se reconnaît vraiment ni dans le discours abstrait des idéologues ni dans les aspirations généreuses du milieu universitaire ou de ses amis communistes. Dans les pressentiments de son héroïne, Elena Ferrante a saisi les signes annonciateurs de la violence qui apparut dans les discours politiques et se déchaîna pendant les « années de plomb », ensanglantant la ville de leur enfance.
L’une et l’autre ont cherché à échapper aux pesanteurs de leur milieu : Lila reste liée à la classe ouvrière, Elena constate qu’elle ne pourra jamais acquérir les codes de la bourgeoisie universitaire de Florence dans laquelle elle entre par son mariage. Efforts vains ? Leurs aventures ne sont pas terminées, Elena Ferrante écrit la suite dans les nouvelles décennies de notre siècle. Son héroïne avait dans les années 1970 souffert du mépris affiché par beaucoup de critiques à l’égard de son roman, coupable de ne pas appartenir à la littérature « engagée », la seule acceptable à leurs yeux. C’est pourtant Elena Greco – ou plutôt Elena Ferrante – qui sait rendre compte des illusions et des convulsions de l’Histoire."
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